Writing's on the Wall de Sam Smith a remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale après la sortie de Spectre en 2015 — le premier thème de James Bond à recevoir cette récompense. Les paroles sont une chanson d'amour à la prudence d'une personne qui a vu le danger devant elle et qui demande à l'aimé s'il y entrera tout de même. Le titre est une citation. L'expression the writing's on the wall est une expression anglaise figée depuis au moins quatre cents ans, signifiant un signe que la catastrophe arrive, assez clair pour que quiconque a des yeux le voie. L'expression est pourtant plus ancienne. Elle est plus ancienne que l'anglais lui-même.
Elle vient d'une scène unique du livre de Daniel, située vers 539 av. J.-C. Le roi Belschatsar de Babylone donne un festin. Il boit dans des vases que ses prédécesseurs avaient pris au temple de Jérusalem. Pendant que la salle est bruyante et dorée, une main apparaît sur le mur et écrit. Le roi voit les doigts mais ne peut lire ce qu'ils ont écrit.
"Au même instant, on vit paraître les doigts d'une main d'homme, et ils écrivirent, en face du chandelier, sur la chaux de la muraille du palais royal. Le roi vit cette main qui écrivait."
Un verset qui nomme le signe
Le verset frappe par sa retenue. Il ne nous donne pas le tonnerre. Il ne nous donne pas d'anges. Il nous donne des doigts, c'est-à-dire une main sans bras, et de la chaux, c'est-à-dire la surface du mur — la matière la plus ordinaire de la pièce. Le palais babylonien a été paré de peintures et d'or, et l'avertissement vient sur le matériau le moins coûteux qu'on y trouve. Les doigts écrivent là où le chandelier éclaire le mur. Le verset prend soin de préciser ce que le roi voit : non le sens, seulement la main qui écrit.
C'est ce qui rend l'expression utilisable dans toute langue depuis. La phrase ne décrit pas le message. Elle décrit le moment où le message devient physiquement présent. L'écriture est sur le mur est la même posture en 539 av. J.-C. et en 2015. Le monde a changé ; la situation a changé ; le mur — l'instant où le danger devient visible — est le même.
Ce que Belschatsar ne pouvait lire
L'histoire continue après le verset. Belschatsar appelle ses conseillers ; ils ne peuvent lire le message. Daniel est introduit. Le texte sur le mur est Mené, Mené, Téqel, Upharsin — compté, compté, pesé, divisé. Daniel le lit comme jugement : le royaume a été compté, pesé, jugé manquant, et sera partagé entre les Mèdes et les Perses. Cette nuit-là, le récit continue, Belschatsar est tué et le royaume change de mains.
La chanson ne parle pas de Belschatsar. Mais le narrateur de la chanson est dans son moment — celui qui sépare la vue de l'écriture de la lecture de son sens. Si je risque tout, peux-tu rattraper ma chute ? est, en raccourci idiomatique, la prière d'une personne qui a vu les doigts mais ignore encore si le message est jugement ou secours.
Pourquoi l'expression a tenu
L'anglais a absorbé the writing's on the wall au début du XVIIᵉ siècle, après que la Bible King James eut été assez largement diffusée pour que la phrase devienne un bien commun. L'expression a survécu parce que la situation qu'elle décrit n'est pas rare. Les gens voient des signes qu'ils ne peuvent pas encore lire. Les signes sont assez clairs pour ne pas être ignorés, mais assez peu pour exiger interprétation. Le film de Bond — qui parle d'un agent lisant la salle d'une organisation qui prépare sa perte — convient au verset à la lettre. Le narrateur de Sam Smith est plus proche du convive qui a vu la main et a attendu une traduction.
Ce que la chanson risque
Les paroles ne s'achèvent pas dans la résolution mais dans la question. Le narrateur est prêt à entrer dans l'avertissement du mur si l'aimé y entre aussi. Le verset, pris dans tout le chapitre, ne le promet pas. Belschatsar est jugé, qu'il comprenne ou non. Mais le verset ne condamne pas la question. Il loue la vue. Le premier pas de Daniel 5 est que le roi voie les doigts. Il en est loué brièvement, avant même d'être jugé. Il a regardé.
La chanson est, en ce petit sens, une prière de regard. Elle demande à l'auditeur — et à l'aimé, et peut-être à Dieu — d'être là quand le sens du mur arrive.
Les quarante secondes
Lisez Daniel 5:5 une fois. Au même instant, on vit paraître les doigts d'une main d'homme, et ils écrivirent, en face du chandelier, sur la chaux de la muraille du palais royal. Le roi vit cette main qui écrivait. Quarante secondes. Dans ce temps, le titre de la chanson est rendu à la pièce d'où il vient. La chaux est bon marché. Les doigts sont réels. La vue est donnée à quiconque regarde.
Le mur est le spectacle. Le verset est la source. L'écriture est ce que la chanson demande à l'aimé de lire avec elle.