The Walking Dead (AMC, 2010-2022), développée par Frank Darabont et déployée sur onze saisons, imagine un monde après que les morts se sont relevés. Ils sont lents mais innombrables. Les survivants leur donnent toutes sortes de noms — rôdeurs, biters, errants, les morts. Ils ne les appellent jamais zombies. La série est allergique au mot qui les domestiquerait. Les morts de la série sont bibliques, non pop. Ils font partie du monde comme les démons des Évangiles — présents, affamés, et nommés seulement quand quelque chose de plus fort exige le nom.
L'Évangile de Marc, au chapitre cinq, raconte un homme qui vivait parmi les tombeaux au pays des Géraséniens. On n'avait pu le maîtriser. Il se frappe avec des pierres. Il crie. Jésus aborde et lui pose une question que la série, à sa manière, pose depuis onze saisons :
"Et il lui demanda : Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs."
Un nom pour les multitudes
La légion romaine, au premier siècle, comptait environ six mille soldats. La réponse de l'homme n'est pas poétique. C'est un compte. Il est, par sa propre déclaration, occupé. La série filme ses morts de la même manière. Ils ne sont jamais un. Ils sont toujours plusieurs. L'horizon en est plein. La grange en est pleine. La meute presse contre la clôture.
La série et le verset font la même comptabilité. Légion est la figure de la multitude devenue voix unique. Les rôdeurs n'ont pas de voix mais ont un mouvement collectif. Le troupeau est un corps. Le verset a anticipé la figure bien avant le genre.
Ce que les survivants ont à entendre
Le passage évangélique se poursuit avec les démons qui supplient de ne pas être envoyés dans l'abîme mais dans un troupeau de porcs voisin. Jésus le permet. Les porcs, deux mille, dévalent l'à-pic et se noient dans la mer. L'homme reste vêtu et dans son bon sens. Les villageois, effrayés, demandent à Jésus de partir.
La série partage plus souvent l'instinct des villageois que celui de l'homme. On ne peut pas continuer à perdre des gens, dit Rick à plusieurs reprises sur les saisons. Le coût d'être guéri dans ce récit est de l'ordre du village. Les porcs étaient un troupeau. Les rôdeurs ici sont un troupeau qui ne se jette pas à la mer. Ils continuent d'arriver. La série pose la question du verset : quand la légion est aux portes, combien coûte le fait de vouloir les nommer ?
Le Père Gabriel et le verset qu'il connaissait presque
Gabriel Stokes, joué par Seth Gilliam, est la principale présence religieuse de la série. Il passe une grande partie des premières saisons caché dans son église, ayant verrouillé sa congrégation dehors la nuit où les morts sont arrivés. Il est hanté. Il est aussi, la série le montre, un lecteur de Marc. Au fil de son arc, il cesse de se cacher et commence à sortir. Le verset vers lequel il se déplace est précisément Marc 5 : un homme qui vivait parmi les tombeaux revient à lui quand quelque chose de plus fort que la légion arrive.
La série ne donne pas à Gabriel une scène d'exorcisme. Elle lui donne une lente restauration par la communauté. La grammaire est différente. Le motif est le même : un homme parmi les tombeaux est appelé par son nom et remis en raison.
Ce que coûte le verset
Il vaut la peine de dire ce que le verset exige de ceux qui l'entendent. Marc ne promet pas que le compte de la légion diminue tout seul. L'homme parmi les tombeaux a besoin d'un étranger pour lui demander son nom. La série, à ses meilleurs moments, fait de même : les morts ne sont pas résolus par les seuls survivants. Il faut quelqu'un qui vienne de l'autre côté du mur poser la question que le mur ne pose pas. Quel est ton nom ? La série passe souvent la question par un étranger — Glenn arrivant à Atlanta, Aaron venant d'Alexandrie, Maggie venant de Hilltop. La nouvelle communauté est cette demande.
Les quarante secondes
Lisez Marc 5:9 une fois. Et il lui demanda : Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. Quarante secondes. Dans ce temps on entend toute la dramaturgie de la série. La légion est la figure. Le nommer est le verset. La demande est ce qui restaure l'homme.
Les rôdeurs sont le spectacle. Le verset est le compte. Nous sommes plusieurs est ce que les survivants entendent avant tout autre chose.