Le Roi lion (1994) de Disney est souvent décrit comme un Hamlet aux lions. Le frère tue le roi, le prince est exilé par culpabilité, le fantôme du père revient, le prince rentre reprendre le trône. Le parallèle shakespearien est réel. Mais le parallèle biblique plus profond est lui aussi réel, et sans doute plus proche de l'épine émotionnelle réelle du film. Le film repose sur un fils qui fuit le nom de son père, vit dans un pays loin du royaume, et décide un jour de se lever.
Le verset se trouve dans la parabole de l'enfant prodigue, au milieu de l'enseignement de Jésus en Luc 15. Le fils cadet a réclamé son héritage en avance, l'a dépensé en ce que la parabole appelle une vie dissolue, en est arrivé à nourrir les porcs et à convoiter leur nourriture. Puis ceci :
"Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi."
Une décision avant un voyage
Le verset est l'un des grands pivots moraux du Nouveau Testament. Il est frappant parce qu'il est presque entièrement composé de verbes de décision. Je me lèverai. J'irai. Je lui dirai. Le pivot n'est pas dans l'action du père, qui n'apparaît pas encore dans le verset. Le pivot est dans la posture intérieure du fils. Il se met en mouvement avant d'être ému.
La séquence Hakuna Matata de Simba est l'inversion spirituelle de ce verset. Pas de souci est la première économie du prodigue : oublier le père, manger les insectes, dormir par terre, apprendre la langue du pays vers lequel il a fui. Le film ne méprise pas cette étape. Il la filme comme une joie. Mais il filme aussi Simba comme un non-encore-roi. Timon et Pumbaa l'aiment ; la savane ne le possède pas.
Ce que dit Mufasa dans les nuages
La réplique la plus citée du film est Mufasa, dans l'orage, disant à Simba souviens-toi qui tu es. Tu es mon fils et l'unique vrai roi. Les lecteurs chrétiens y ont entendu un langage d'adoption. Le verset sous-jacent est Luc 15. Le prodigue ne se souvient pas de lui-même dans l'abstrait. Il se souvient d'un père avec qui il est en relation — je me lèverai et j'irai vers mon père. C'est l'aller qui fixe le souvenir.
Le choix de Disney est de placer cela dans le ciel. Le verset le maintient sur la route. Simba fait les deux. Il reçoit la vision et puis revient en courant. Je me lèverai et il se leva ne sont pas la même ligne. Le verset insiste sur les deux.
Ce que fait le père
Dans la parabole de Luc, le père court à la rencontre du fils alors qu'il était encore loin. L'analogue du film est plus diffus — la Roche-aux-Lions est ravagée, Scar commande, les lionnes meurent de faim — mais le geste structurel est le même. Le retour du fils n'est pas dans un vide. Il est dans un royaume qui l'attendait pour pouvoir recommencer.
Le dernier acte du film est, dans la langue de la parabole, l'accueil. Simba marche sur la patte de Scar. Il ne rugit pas pour revendiquer son titre. Il rugit pour libérer le chemin de ce qui était déjà préparé. Le royaume lui appartient parce que son père le lui a donné.
Ce que le verset n'efface pas
Le prodigue revient en disant j'ai péché. Il ne revient pas en disant on me doit. Le verset garde le poids moral sur les épaules du fils, même après que le père lui a couru à la rencontre. Le film respecte cela d'une petite manière : les premiers mots de Simba après son retour portent sur le coût. J'ai laissé tomber tout le monde. Mon père, mon clan. Le film aurait pu sauter cela ; il a choisi de laisser audible la part j'ai péché, même dans un film pour enfants.
Les quarante secondes
Lisez Luc 15:18 une fois. Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Quarante secondes. Dans ce temps on entend le verbe qui tient le film. Se lever. La savane est le spectacle. Le se-lever est le verset.
Le clan est le royaume. Le verset est le voyage. Les lions, à la fin, se sont souvenus de qui ils étaient.