Hercule (1997) de Disney se déroule dans une Grèce que le studio a dessinée comme un magazine de mode. L'Olympe est doré et lavande. Hadès est volcanique. Les Muses chantent du gospel. Sous le camp, le film fait quelque chose de plus discret que sa surface ne le suggère. Il enseigne à son jeune public une définition de l'héroïsme qui n'a rien à voir avec la force.
Hercule naît dieu, est élevé en mortel, et passe la majeure partie du film à tenter de regagner l'Olympe en devenant un héros. Il vainc l'Hydre. Il soulève des Titans. Il fait salle comble. Le film, à la fin du deuxième acte, l'arrête. Être célèbre et être un héros, ce n'est pas la même chose, lui dit Zeus. Un vrai héros se mesure non à la taille de sa force, mais à la force de son cœur.
Cette ligne est, dans sa grammaire, une paraphrase exacte de l'une des phrases les plus célèbres de Jésus. Il parlait, la veille de sa crucifixion, à des disciples qui ne le comprendraient pas avant plusieurs semaines :
"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis."
Une définition qui dévalue la force
Le verset fait le même travail que le film. Il refuse de définir la grandeur par la force, par la victoire, par la réputation. Il la définit par le don. Le grec pour donner sa vie est tithēmi — déposer, poser, livrer. Le verbe est patient. Ce n'est pas le verbe de qui se jette dans un combat. C'est le verbe de qui pose quelque chose sur un comptoir et s'en éloigne.
C'est ce que fait Hercule au climax. Mégara, la femme qu'il aime, a été tuée par une colonne tombée qu'elle a fait basculer pour le pousser hors de portée. Il descend chez Hadès, accepte le marché qu'il a refusé tout le film, et plonge dans le fleuve tourbillonnant des âmes. Il ne plonge pas pour combattre. Il plonge pour livrer. Il est prêt à échanger sa vie contre la sienne. Le verset, écrit quinze siècles avant Disney, nomme l'acte.
Ce que le film ajoute au verset
Le résultat, dans le film, est inattendu. Le fleuve tue les mortels ; il ne peut pas tuer un dieu. Le fait de donner sa vie prouve ce qu'aucune épreuve de force n'avait prouvé : il est bel et bien le fils de son père. Un vrai héros, répète Zeus, se mesure à la force de son cœur. L'Olympe s'ouvre pour le recevoir.
Le verset, bien sûr, finit autrement pour le Christ — le don est réel et le reste. Mais l'architecture morale du film est la même. La capacité de mourir pour quelqu'un est ce qui révèle la filiation divine. Hercule n'est pas adopté dans l'Olympe par ses exploits. Il est reconnu comme y appartenant déjà.
Cela, soit dit en passant, est un instinct chrétien, non grec. L'héroïsme grec parle plus souvent de force que de substitution. Le film, en faisant du plongeon dans le fleuve la preuve, réécrit le mythe dans la grammaire du verset.
Ce que voit Mégara
Mégara est la lectrice la plus claire du film. Elle a été la voix cynique d'une grande partie : je suis une demoiselle en détresse, je m'en sors, bonne journée. Le plongeon la déplace du cynisme vers l'honnêteté. Les gens font toujours des choses folles, dit-elle faiblement après l'échange, quand ils sont amoureux. Le verset est plus dur. Il n'y a pas de plus grand amour. Mais elle a vu le verset de l'intérieur.
Le couple Hercule-Mégara n'est pas une histoire d'amour au sens habituel. C'est une exégèse. Le verset définit l'amour par le don. Elle se définit elle-même en réalisant qu'il a donné.
Ce qui reste
Le film accepte de renoncer à sa fin heureuse d'une manière particulière. Hercule choisit de demeurer mortel à la fin. Il a gagné la divinité ; il la rend. Le verset, l'ayant traversé, ne s'arrête pas. Donner est l'orientation, pas seulement le moment. On lui demande de le faire pour le reste de sa vie.
Les quarante secondes
Lisez Jean 15:13 une fois. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Quarante secondes. Dans ce temps on entend la phrase que Disney a passé quatre-vingt-treize minutes à dramatiser. L'Hydre est le spectacle. Le fleuve est le verset. Donner est ce que la caméra veut finalement vous faire ressentir.
L'Olympe est le spectacle. Le verset est l'épreuve. Hercule l'a passée parce qu'il a refusé de gagner.