Gladiator (2000) de Ridley Scott se déroule en 180 ap. J.-C., avant que le christianisme ne devienne la foi officielle de Rome. L'Espagnol, Maximus Decimus Meridius, est un général romain réduit en esclavage, puis en gladiateur, puis en homme qui combat son propre empereur devant la foule. Il prie aux petits autels domestiques en l'honneur de Mars et de ses ancêtres. Il croit en l'Élysée — un au-delà romain. Il est, en tout sens formel, païen.
Et pourtant, quand le film s'achève et que sa main retombe sur le blé dans le champ imaginé, la phrase qui lui convient avec le plus d'exactitude vient d'une lettre néotestamentaire que Paul a écrite dans une prison romaine, possiblement durant le même siècle :
"J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi."
Trois verbes, une vie
Le verset s'appuie sur trois verbes grecs — hēgōnismai (j'ai lutté), teteleka (j'ai achevé), tetērēka (j'ai gardé). L'arc de Maximus s'accorde à chacun dans l'ordre. Il a combattu ; le film s'ouvre sur la campagne de Germanie et ne lâche jamais le combat. Il a achevé ; il termine la mission que Marc Aurèle lui a confiée avant son assassinat, en rendant le pouvoir au Sénat. Et il a gardé la foi — non au Christ, mais à la piété familiale que le verset, dans sa forme romaine plus ancienne, désigne.
C'est ce qui fait que la ligne résonne même dans un film païen. Le vocabulaire du verset est athlétique, non spécifiquement chrétien. Le bon combat. La course achevée. La grammaire convient à toute vie qui a tenu jusqu'à sa charge.
Ce que Maximus garde
Le film dit clairement ce que Maximus garde. Je te reverrai, dit-il à sa femme dans la poussière avant sa mort, mais pas encore. Pas encore. La foi qu'il tient n'est pas confessionnelle. C'est l'assurance que ce qu'il aime est préservé — que le meurtre de sa femme et de son fils n'a pas été le dernier mot sur eux.
Lue à côté de 2 Timothée 4:7, cette assurance se laisse déchiffrer. Paul écrit la ligne sachant qu'il va être tué à Rome. Il ne l'écrit pas comme une défaite. La phrase suivante est célèbre : désormais m'est réservée la couronne. Maximus, bien sûr, n'obtient pas une couronne paulinienne. Mais le film honore sa version de la même conviction — quelque chose est mis en réserve.
La prière de l'Espagnol
Tout au long du film, Maximus porte de petites figurines de terre cuite de sa femme et de son fils. Il les embrasse avant le combat. Il leur murmure dans le noir. Les figurines sont païennes ; le geste est universel. C'est ce que toute personne fidèle a fait en l'absence de ceux qu'elle aime — tenir un objet qui les remplaçait et prier.
Quand à la fin Quintus ramasse les figurines et les presse dans la poussière de Maximus, le film referme le geste. La retrouvaille est mise en scène dans la terre et le grain. Le verset se referme de la même façon : désormais — c'est-à-dire après le combat, après la course, après la garde — quelque chose est en réserve.
Ce que Scott laisse subsister
Scott n'appelle pas Maximus un chrétien. L'au-delà du film est une campagne romaine ensoleillée, non une cité de perles. Mais la structure du dénouement est biblique, non romaine. Les épitaphes romaines mesuraient une vie en honneurs et charges occupées. Le verset la mesure en verbes. J'ai combattu. J'ai achevé. J'ai gardé. C'est ce que la caméra superpose à la musique finale.
Les quarante secondes
Lisez 2 Timothée 4:7 une fois. J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Quarante secondes. Trois verbes, une phrase brève. Que vous parveniez ou non au champ de blé de Maximus, c'est ce verset qui permet de résumer une vie sans mentir sur elle.
L'arène est le spectacle. Les trois verbes sont le verset. Tous deux tiennent sur une petite figurine de terre cuite.