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Le doigt pointe vers le haut. Le visage sourit. Une voix est différente d'une personne.

Un Baptiste souriant, pointant vers le haut. L'un des derniers tableaux de Léonard. Lisez Jean 1:23 à côté de la figure qui a dit « je ne suis qu'une voix ».

John 1:23

Au Louvre, dans une petite salle près de la fin des galeries italiennes, le Saint Jean-Baptiste de Léonard est accroché presque seul. Le tableau est sombre — une figure émergeant d'un fond presque noir. Jean est à demi nu, enveloppé dans ce qui semble être une peau d'animal, tenant dans sa main gauche une mince croix de roseau. Sa main droite est levée. L'index pointe droit vers le haut.

Le doigt qui pointe ailleurs

Il sourit. C'est le détail dont les visiteurs ne peuvent détacher le regard. Ce n'est pas un large sourire. Il est petit, à lèvres fermées, presque conspirateur. Ses yeux, sombres et doux, vous regardent droit. La bouche se relève tout juste aux commissures. Rien dans ce visage ne correspond à l'image traditionnelle du Baptiste — un ascète du désert au regard sauvage, vêtu de peau de chameau, criant la repentance. Ce Jean ressemble à quelqu'un qui a compris quelque chose, et qui sait que vous n'avez pas encore compris.

La voix qui pointe loin d'elle-même

L'Évangile de Jean cite le Baptiste se décrivant en une seule phrase :

Jean 1:23

"Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Ésaïe, le prophète."

Je suis la voix. Pas « je suis prophète ». Pas « je suis important ». Une voix — une chose qui fait du son et disparaît dans l'air. Une voix qui dit une seule chose : aplanissez le chemin du Seigneur. La prédication du Baptiste porte constamment sur un autre que lui-même. Il dit : il faut qu'il croisse et que je diminue. Il dit : dont je ne suis pas digne de délier la courroie de la chaussure. Il est un doigt qui pointe ailleurs.

Léonard a peint le doigt. Toute la composition monte vers lui. Le pointer vers le haut est inévitable. Mais le peintre a aussi peint le visage sous le doigt, et ce visage — souriant, savant, intime — est ce qui vous retient. Le sourire est le commentaire du peintre. Jean ne semble pas accablé par son rôle. Il a, au contraire, l'air d'être dans la confidence de quelque chose.

Ce que le peintre savait

Léonard travailla à ce tableau dans les dernières années de sa vie. C'est l'un des tableaux qu'il emporta avec lui quand il quitta l'Italie pour la France en 1516, sur l'invitation du roi François I. Il le garda près de lui jusqu'à sa mort en 1519. Pendant trois ans, le Baptiste et le vieux peintre partagèrent une chambre.

Il est tentant de lire la biographie dans le tableau — un vieil artiste, près de sa fin, peignant la figure qui a dit il faut que je diminue, sachant que sa propre croissance touchait presque à son terme. Que cette lecture soit vraie ou non, le tableau semble l'accepter. Le doigt pointé vers le haut est aussi le doigt d'un homme qui lâche prise.

Les quarante secondes

Recopiez le verset à la main — seulement la proposition : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. Quarante secondes. Dans ce temps vous sentez ce que le tableau sait. Qu'être une voix est différent d'être une personne. Que le mieux que nous puissions faire, parfois, est d'être le doigt qui pointe vers ce que nous ne sommes pas. Et que ce pointage, si nous l'avons compris, peut nous faire sourire.

Le doigt est encore levé. Le visage sourit encore. La voix est déjà partie devant.
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