Article · Dans l'art

Avant le buisson ardent, il y avait un puits. Le libérateur a commencé en portant de l'eau pour des inconnues.

Huit scènes de la jeunesse de Moïse dans un seul paysage continu. Botticelli donne plus de toile au puits qu'au buisson. Lisez Exode 2:16-17 à côté du mur de la Sixtine.

Exodus 2:16-17

Sur le mur sud de la chapelle Sixtine, peinte une génération avant que Michel-Ange ne touche la voûte, est accrochée Les Épreuves de Moïse de Botticelli. Le pape Sixte IV commanda les fresques murales en 1481 — une séquence de scènes de la vie de Moïse et du Christ, courant en parallèle sur les deux longs murs. Botticelli peignit l'une des scènes de Moïse.

La fresque qui raconte plusieurs histoires à la fois

Ce qui surprend un spectateur moderne, c'est que la fresque ne montre pas un seul moment. Elle en montre huit. Au premier plan à droite, Moïse, jeune et aux cheveux dorés, tue un contremaître égyptien. Derrière lui, il fuit dans le désert. Plus haut, il fuit encore. À gauche, il atteint un puits en Madian. Un groupe de femmes est venu puiser de l'eau pour leurs brebis. Des bergers les chassent. Moïse s'oppose aux bergers. Puis, au premier plan à gauche, il puise l'eau et la donne aux femmes et à leur troupeau. Plus loin encore à gauche, minuscule au fond, il s'agenouille devant un buisson ardent.

Huit scènes, un tableau, un paysage continu. La convention visuelle s'appelle narration continue. L'œil du spectateur traverse le temps en traversant l'espace.

La scène au puits

L'essentiel du premier plan est réservé à une seule scène : le puits. C'est l'argument du tableau sur la manière dont Moïse devient ce qu'il sera.

Exode 2:16-17

"Le sacrificateur de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser de l'eau, et elles remplirent les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers arrivèrent, et les chassèrent. Alors Moïse se leva, prit leur défense, et fit boire leur troupeau."

Alors Moïse se leva. Le verbe hébreu est wayyōqom — il se leva, il se dressa. Le même verbe qui plus tard décrira son départ pour mener Israël hors d'Égypte. Ici, en pays étranger, près d'un puits, il se lève pour sept femmes qu'il ne connaît pas. Le futur libérateur commence par aider des inconnues à porter de l'eau.

Botticelli peint cet instant comme centre de la composition. Moïse, en robe dorée et verte, se penche au puits et tire. Les femmes regardent. Un mouton boit. Les bergers qui tentaient de leur bloquer l'accès sont renvoyés au bord du cadre. Le fugitif hébreu est devenu, par l'acte de soulever un seau, un berger.

Les feux plus petits aux marges

Au loin, le buisson ardent. Il brille dans une petite parcelle de la toile — minuscule par rapport à la scène du puits. L'argument de Botticelli : le buisson, la grande vocation, a lieu plus tard. Avant la montagne, avant la voix, avant la délivrance, il y a ceci : un homme qui a tué, qui a fui, qui a puisé de l'eau pour des inconnues à un puits.

Le tableau donne plus de toile au puisage de l'eau qu'au feu. Ce n'est pas un hasard.

Les quarante secondes

Recopiez le verset à la main — seulement la proposition : Moïse se leva, prit leur défense, et fit boire leur troupeau. Quarante secondes. Dans ce temps vous sentez ce que la fresque sait. Que l'appel est préparé par de plus petites bontés, souvent envers des gens qui ne connaîtront jamais votre nom. Que les mains qui plus tard s'étendront sur une mer ont d'abord puisé l'eau au puits d'un étranger.

Le buisson brûle au loin. Les brebis boivent tout près. Les mains qui lèvent le seau sont les mêmes mains.
À lire aussi