Article · Dans l'art

Les deux mains sur son dos ne sont pas les mêmes. Le père a couru. Ce verbe était le scandale.

Deux mains reposent sur le dos du prodigue — l'une paternelle, l'autre maternelle. Lisez Luc 15:20 à côté de la toile tardive de Rembrandt, et remarquez le frère aîné à l'écart.

Luke 15:20

Dans un coin sombre de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg est accroché l'un des derniers tableaux de Rembrandt. Un père se penche sur un fils agenouillé devant lui, le visage pressé contre son ventre, le dos vers nous. Le visage du père est calme, les yeux mi-clos. Ses deux mains reposent sur les épaules du fils.

Les mains sur son dos

Regardez les mains de près. Elles ne sont pas les mêmes. La gauche est plus large, plus épaisse — une main d'ouvrier. La droite est plus fine, aux doigts plus délicats. Les chercheurs l'ont noté depuis longtemps. Certains y voient une erreur picturale. D'autres une affirmation théologique : la compassion du père est à la fois paternelle et maternelle, masculine et féminine. Quelle que soit la lecture, ces mains tiennent un fils qui s'est dépensé jusqu'au bout et qui est revenu.

Le pied à moitié hors de la chaussure

Descendez le regard. La chaussure gauche du fils a glissé, à demi sortie. Son talon est calleux, à vif. La semelle est usée jusqu'au bout. Ce sont les pieds de quelqu'un qui a marché longtemps sur de mauvais chemins. Sur son dos, une mince robe grise. Rembrandt a peint l'état d'une personne qui n'a plus rien.

La parabole dit qu'il a dépensé son héritage « en vivant dans la débauche » et s'est retrouvé à mourir de faim devant des porcs. Ce qu'il répète sur le chemin du retour est un discours : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Le discours porte sur un passage du rang de fils à celui de serviteur. Il s'attend à des conditions.

Le père qui a couru

Luc 15:20

"Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa."

Il courut. Dans le monde patriarcal de la Judée du premier siècle, un homme adulte ne courait pas. Courir était indigne. Qu'un père coure vers un fils qui revient, c'était suspendre la dignité du chef de maison. Jésus raconte la parabole en sachant que ses auditeurs entendront le scandale dans ce verbe. Le père n'attend pas qu'on l'approche. Il couvre la distance que le fils est trop faible pour franchir.

Rembrandt fige la scène juste après la course. Le père l'a déjà saisi. Il ne le relève pas. Il le tient là où il est tombé. Quel que soit le discours que le fils avait préparé, il est pressé dans la robe du père. Il n'y a pas de transaction.

Le frère qui se tient à l'écart

À l'extrémité droite, à peine éclairé, un frère aîné observe. Les mains jointes, le visage illisible. La parabole ne se termine pas par l'étreinte. Elle se termine par le père sortant de nouveau pour supplier un second fils qui refuse d'entrer. Rembrandt l'inclut comme une ombre. Le tableau ne dit pas s'il entrera.

Les quarante secondes

Recopiez le verset à la main — seulement la proposition qui scandalisa les auditeurs du premier siècle : son père le vit et fut ému de compassion, il courut. Quarante secondes. Dans ce temps vous sentez ce que le tableau sait. Que certains retours sont accueillis par une vitesse qui fait honte aux répétitions de celui qui revient. Que les deux mains sur votre dos ne sont peut-être pas celles que vous attendiez.

Le père ne parle pas. Le fils ne parle pas. Le frère aîné n'est pas encore entré.
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